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Anatole Collinet Makosso

Interview. Anatole Collinet Makosso : La formation initiale et la formation continue sont des leviers du développement

05 septembre 2019

La formation des formateurs s’est invitée au menu des discussions de la séance de travail entre le président Denis Sassou N’Guesso et son homologue français, Emmanuel Macron. Le ministre congolais de l’Enseignement primaire, secondaire et de l’alphabétisation explique pourquoi et comment, de la volonté des deux chefs d’Etat, mettre en avant la formation, pour un accord de coopération.

Les Dépêches de Brazzaville (L.D.B.) : Pourquoi mettre en avant la formation dans le cadre des relations bilatérales entre le Congo et la France ?

Anatole Collinet Makosso (A.C.M.) : Les deux chefs d’Etat ont saisi l’opportunité de leur rencontre bilatérale pour matérialiser leur coopération par des engagements forts en faveur de la jeunesse. A priori, on peut penser qu’outre les questions de politique intérieure et internationale, la rencontre portait sur l’environnement, les aires protégées de la forêt et la préservation de l’écosystème, notamment de la forêt de l’Afrique centrale. Sur ces sujets, Denis Sassou N’Guesso et Emmanuel Macron représentent, au vu de l’actualité, les deux personnalités au-devant de la scène. Au menu de leurs discussions, les deux chefs d’Etat ont ajouté sur la table, l’éducation, un point qui était déjà inscrit dans leurs agendas respectifs lors du sommet de la Francophonie à Erevan, en Arménie. A Paris, les ministres des Affaires étrangères des deux Etats ont matérialisé la feuille de route, déjà paraphée à Brazzaville par le ministre de l’Enseignement supérieur, Bruno Jean Richard Itoua, et l’ambassadeur de France au Congo, Bertrand Cochery, en avril 2019. Il s’agit, par cet accord de coopération, de répondre aux défis de l’amélioration du système éducatif au Congo où il est question de mettre le capital humain au centre des préoccupations, conformément au plan national de développement 2018-2022. Par ce biais, nous mettons la formation en adéquation avec les enjeux des défis de l’émergence.

L.D.B. : Pour atteindre cet objectif, l’accent a été mis sur la formation des formateurs. Quelle place occupe ce dispositif ?

A.C.M. : Une place constante et prioritaire dans la vision du président Denis Sassou N’Guesso et dans l’action du gouvernement. Souvenez-vous qu’il y a quelques semaines, nous nous sommes trouvés en accord avec la première dame et une bonne délégation des membres du gouvernement pour lancer officiellement les travaux du centre national de formation initiale et continue des enseignants. La formation initiale et la formation continue sont des leviers du développement et de l’amélioration du système éducatif auxquels le gouvernement attache une grande importance. La formation initiale des enseignants du secondaire relevant du ministère de l’Enseignement supérieur, il est envisagé, aux termes de cet accord de coopération, de faire évoluer l’Ecole normale supérieure (ENS) dans le cadre d’un partenariat avec les instituts nationaux supérieurs de professorat et d’éducation en France, pour que l’on arrive à concevoir un modèle nouveau de formation des formateurs. C’est, en effet, l’évolution et la modernisation de l’ENS et, éventuellement, des écoles normales d’instituteurs (ENI) qui permettront d’envisager une meilleure formation de nos enseignants pour régler définitivement le problème du déficit de la qualité de la formation initiale des enseignants épinglé dans différentes études réalisées dans notre pays.

L.D.B. : Est-ce dans ce même cadre qu’il faut inscrire le séminaire de formation des enseignants nouvellement affectés ?

A.C.M. : En effet ! Il s’agit là de la formation continue que nous entendons rendre obligatoire pour tous les enseignants, pendant les vacances, et même, certainement, pendant la période scolaire lorsque sera opérationnel le centre de formation initiale et continue des enseignants. Pour le moment, l’accent a été mis sur tous les enseignants du secondaire nouvellement affectés alors que pour la plupart, ils sont sortis de l’ENS depuis des années sans être utilisés et pourraient avoir perdu les réflexes de la pratique pédagogique et même la maîtrise des contenus notionnels à enseigner aux élèves.

L.D.B. : Quelle est la prochaine étape après la signature de cet accord?

A.C.M. : C’est la concrétisation de la mise en œuvre ; dans cet accord, à part le volet formation des formateurs, qui va concourir à la professionnalisation du métier d’enseignants, sont envisagées aussi d’autres étapes de modernisation de l’enseignement supérieur. Nous regarderons avec nos amis de l’enseignement supérieur quels pourront être les axes de travail à retenir prioritairement et je sais que mon collègue, le ministre Bruno Jean Richard Itoua, a déjà une panoplie de réformes dans ce cadre dont certaines sont déjà amorcées. Mais pour le moment, les deux chefs d’Etat ont mis l’accent sur cet aspect et sur celui qui concerne la mise en place des classes préparatoires en République du Congo.

L.D.B. : Pourquoi la mise en place de classes préparatoires ?

A.C.M. : Le président de la République avait engagé le pays dans une vraie volonté de formation élitiste en même temps que l’on garantit une éducation de qualité à tous. Depuis 2011, existent, d’ailleurs, ce que nous appelons les lycées d’excellence. Un se trouve à Mbounda, et l’autre à Oyo. Outre ces lycées d’excellence, nous avons des lycées interdépartementaux.

L.D.B. : Quelle est leur vocation ?

A.C.M. : La vocation de ces lycées est de former les meilleurs élèves de la République. L’Etat met des moyens, dans la prise en charge de ces enfants ainsi que des conditions idoines de formation depuis la classe de 6e jusqu’en terminale de sorte que l’on y retrouve un peu l’élite qui pourra être chargée de diriger le pays demain, sur tous les espaces. Pour la création des lycées d’excellence, les décrets avaient prévu qu’ils seraient constitués d’un cycle secondaire premier degré : le collège, d’un cycle secondaire second degré : le lycée, et un cycle de classes préparatoires, là où seraient reçus nos élèves après le baccalauréat, pour leur faciliter l’accès aux grandes écoles.

L.D.B. : Qu’en est-il aujourd’hui ?

A.C.M. : Malheureusement, depuis 2018, alors que nous avons sorti la première promotion de bacheliers, les classes préparatoires n’ont toujours pas été mises en place. Parmi ces bacheliers, nous avons réussi à en envoyer quelques-uns à l’étranger, mais d’autres, au nombre de dix-huit, sont encore en attente à la maison.

L.D.B. : Quelles sont les perspectives ?

A.C.M. : La volonté du gouvernement consiste à ne pas les mettre seulement à l’université de Brazzaville. On misait sur l’université de Kintélé qui, malheureusement, a pris du retard. Il est donc très urgent d’ouvrir les classes préparatoires sans plus tarder. Aux dix-huit qui n’ont pas pu être envoyés à l’étranger l’année dernière s’ajoutent les quarante-neuf bacheliers de cette année, sans compter ceux des autres lycées interdépartementaux et scientifiques qui ont eu des mentions à très forte moyenne d’admission au baccalauréat et qui méritent également d’être accompagnés.

L.D.B. : Comment allez-vous procéder pour la mise en place de ces classes préparatoires?

A.C.M. : En principe, on devrait procéder rapidement à l’installation de ces classes préparatoires. Mon collègue de l’Enseignement supérieur et moi-même y travaillons depuis presqu’une année. A titre transitoire, nous avons envisagé de les mettre au lycée de la Révolution. Plusieurs grandes écoles françaises ont déjà soumissionné et nous ont présenté leur offre de coopération.

L.D.B. : Quelle sera la prochaine étape ?

A.C.M. : Elle consistera à voir avec le ministre de l’Enseignement supérieur comment on va rendre effectives ces classes préparatoires, pour que la mise en œuvre du décret qui crée les lycées d’excellence soit parfaite dès cette année scolaire et universitaire.

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